Costume alsacien – Un corselet à géométrie variable (1)

Posted on 1
Le haut du costume alsacien se compose d’un corselet sans manches, d’allure plus ou moins haute, ouvert sur l’avant. Avec la jupe auquel il se rattache, il forme un ensemble sur lequel s’articulent les autres composantes de la tenue. Ses différentes configurations font ressortir la grande diversité des costumes de basse-Alsace à travers les détails permettant de les distinguer entre eux.

Une répartition schématique des formes

Le costume, tel qu’il est présenté de nos jours dans les groupes folkloriques, est schématiquement réparti en deux catégories : le “catholique” et le “protestant”.

Costume catholique.

Le catholique se caractérise par un corselet haut, accompagné d’une longue jupe rouge coquelicot.

 

Le protestant, quant à lui, se présente avec un corselet plus court et plus ouvert, la jupe pouvant être verte, bleue, violette ou rouge foncé.

 

 

 

 

Le costume protestant.

Les limites de la catégorisation

 

Cette répartition ne rend bien sûr pas compte des différences existant à l’intérieur de ces deux groupes confessionnels. D’autant que les frontières entre les deux ne sont pas si tranchées et que certains corselets classés “protestants” ressemblent beaucoup à ceux des catholiques.

Comme par exemple celui des femmes de Hoerth qui, bien que de confession protestante, portent un corselet très haut proche de celui des catholiques.  Ressemblance corrigée par le large plastron orné qui, lui, est bien de style protestant.

Femmes et jeunes filles de Hoerth – BNU – NIM13267.

Catholique …

Le corselet “catholique”, avec son allure montante, est celui qui est resté le plus proche des hauts portés au 18è siècle.

Danse paysanne du Korchersberg – fin18è – Anonyme – Musée Alsacien Strasbourg.
Estampe de Ch.Heimrich – femme catholique – mi-19è – BNU NIM22708.
Jeune fille de Geispolsheim en costume de fête – Lithographie de Ch. Spindler – fin 19è  BNU NIM00901

A la fin du 19è siècle, il monte jusqu’à mi-poitrine avec une ouverture sur l’avant plus resserrée qu’aux origines. Le vorstecker qui l’accompagne est étroit, dépassant de peu la partie lacée.

Ou protestant ?

Estampe de Ch.Heimrich – femme protestante mi-19è

 

Femmes de Mietesheim – BNU NIM12968
Proche des autres tenues de type catholique jusqu’au milieu du 19è siècle, le corselet qui accompagne le costume des femmes de confession protestante est celui qui offre la plus grande variété de formes.

 

Les bouquetières (détail) – Camille Pabst 1828-1898 – Coll.Part.

Il s’est raccourci au fil du temps et se présente le plus souvent sous une forme courte passant sous la poitrine, avec une échancrure plus ou moins accentuée. Il est souvent doté d’impressionnants vorstecker, débordant largement sur le devant de la poitrine.

Du Kochersberg au pays de Hanau

C’est l’apparence qu’il adopte dans les villages à dominante protestante situés au nord ouest de Strasbourg (Bouxwiller, Mietesheim, Engwiller, etc …).

 

 

 

 

Alors qu’à Hoerth ou Geudertheim, un peu plus au nord, on retrouve la coupe haute plus ancienne, déjà mentionnée plus haut, avec une ouverture large mettant en valeur le riche vorstecker.

Il est intéressant de souligner comment ces plastrons, éléments particuliers du costume alsacien, en prenant des dimensions toujours plus importantes, ont pu influencer par endroits l’allure du corselet.

Jour de fête à Hoerdt – Images du Musée Alsacien n°98 (détail)

Un témoignage précis de cette évolution conjointe nous est fourni à travers une photo de la fin du 19è siècle. L’observation du costume de la jeune femme de gauche permet de remarquer la manière dont les œillets de fermeture du corselet ne sont plus utilisés dans leur totalité pour laisser toute la place au vorstecker. (Retrouver un exemple similaire dans : “le vorstecker-l’Alsace qui plastronne”).

La recherche de la singularité

Au 19è siècle, avec l’essor des techniques textiles et la hausse du niveau de vie dans les campagnes, le costume rural connaît une importante phase de développement. Mouvement qui n’est pas sans créer de grandes disparités puisque le sud de l’Alsace, pour cause d’industrialisation accélérée, va rapidement abandonner ses tenues traditionnelles pour se mettre à la mode citadine. Ce qui n’est le cas de la Basse Alsace où les communautés villageoises ne subissent pas le même exode rural et ont la possibilité de développer largement leurs traditions vestimentaires .

 

Affiche pour la Compagnie des chemins de fer – A.Kauffmann – NIM-18287

 

D’un village à l’autre, c’est l’occasion d’accentuer ou de modifier tel ou tel élément du costume avec, à la clé, une codification marquée de ces différents éléments. Coiffe, jupe, plastron et bien sûr corselet vont être autant d’outils signalant son appartenance confessionnelle et villageoise autant que son niveau de richesse.

 

Fin première partie.

Références

  • La culture des apparences – une histoire du vêtement (17è-18è siècle), Daniel Roche – Editions Fayard – coll. Point Histoire – Paris. 2007
  • Folklore et tradition en Alsace – Ouvrage collectif – Editions SAEP Colmar-Ingersheim 1973
  • Costumes et coutumes d’Alsace – A Laugel et Ch.Spindler Editions Alsatia 1975

Qu'en pensez-vous ?

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

1 commentaire
  • Arlette Kusen
    29 mai 2021

    Article très instructif et très intéressant sur le costume alsacien. Merci pour le partage. Il est important que les éléments de notre patrimoine et culture régionale soit accessible au public le plus large possible.