Mémoires d’enfance

Moins connus du grand public car moins souvent exposés que les coiffes féminines, les bonnets d’enfants n’ont pourtant rien à leur envier quant à la beauté des matériaux employés et la qualité apportée à leurs finitions. Qu’ils soient en piqué de coton pour les plus simples ou de tissu broché, agrémenté de dentelles d’or, pour les plus riches, ils rappellent l’importance accordée au baptême.

Une collection remarquable

Le Musée Historique de Mulhouse conserve une importante collection de ces bonnets d’enfants, certains datant du 18è siècle.

Ce qui représente un échantillonnage très diversifié de techniques de coutures et d’ornementations.

 

En simple piqué de coton …

… ou tissu broché accompagné de dentelles d’or.

Bonnets de cérémonie ?

Certains de ces bonnets sont de vrais petits chefs-d’œuvre de couture.

Rubans de soie ou de satin, tissus brochés rebrodés d’or, dentelles précieuses, les matériaux employés sont tout aussi luxueux que ceux utilisés pour les coiffes d’adultes.

 

 

 

 

Le contexte dans lequel ils ont été utilisés pose question. Leur taille réduite, visiblement prévue pour de très jeunes enfants, jointe à leur bon état de conservation sans usure trop marquée, plaide en faveur d’une utilisation précise, cérémonie de baptême et/ou jours de fêtes.

Ce qui n’exclut pas une utilisation renouvelée au sein du même groupe familial, la valeur particulière attachée au baptêmerejaillissant sur le petit bonnet de l’enfant.

D’où le caractère soigné de leur réalisation, avec un choix de matériaux de grande qualité.

Des assemblages raffinés

Leur confection fait parfois intervenir des insertions complexes de rubans, de pièces textiles de différentes couleurs, en jouant sur les effets de contrastes et de matières.

 

Une création particulièrement raffinée avec utilisation de tissus brochés, dentelles d’or et rubans travaillés en nids d’abeilles.

 

Utilisation d’un tissu broché avec motif d’angelots.

 

 

 

Malgré la petitesse de ces réalisations, leurs finitions sont aussi très étudiées, avec un soin particulier apporté aux doublures.

Certaines utilisent des Indiennes à petits motifs. Ce qui vient rappeler l’importance qu’a eu l’Indiennage dans l’histoire de l’industrie mulhousienne.

Une similitude de confection

Leur mise en œuvre représente un travail tout aussi élaboré que celui des coiffes de femmes.

Il est d’ailleurs intéressant de relever que des tissus identiques ont parfois servi à la confection des deux.

 

 

Comparaison qui laisse supposer une production issue des mêmes ateliers, la petitesse des bonnets enfantins permettant une utilisation optimale des chutes de tissus.

D’où la grande variété des textiles utilisés et la créativité que l’on peut remarquer dans certains de leurs assemblages .

 

 

 

Des bonnets « sexués »

Créativité et diversité qui n’empêchent pas de respecter certaines règles. La principale étant que garçons et filles ne sont pas coiffés des mêmes bonnets. Malgré la profusion des décors et la variété des apparences, ceux-ci se répartissent en deux types:

Les modèles pour petites filles se présentent sous la forme d’un « béguin », avec deux joues de coté réunies par une bande médiane large allant du front jusqu’à la nuque.

 

Rare représentation picturale de fillette portant un béguin – L’exode des « optants » 1872 – (détail) – Louis Frédéric Schutzenberger – Musée des Beaux Arts de Mulhouse.

 

Ceux pour garçonnets s’en différencient par des découpes « en tranche de melon », le caractère masculin étant souligné par l’ajout d’un petit pompon de passementerie sur le haut.

Bonnet pour garçon, reconnaissable à ses découpes « en tranches de melon » et son petit gland en passementerie.
Joli bonnet en piqué avec pompon et petits nœuds en cascade.

 

Cette différentiation tient au fait que garçons et filles étaient indifféremment vêtus de robes longues jusqu’à l’âge de quatre ou cinq ans, le temps qu’ils fassent l’apprentissage de la propreté.

D’où ce petit détail distinctif et … significatif !

 

 

Crédit photos

  • L’ensemble des bonnets et coiffes ici présentés font partie des collections du Musée Historique de Mulhouse.
  • L’Exode ou Famille alsacienne quittant son pays – 1872 – huile sur toile, H. 127 – L. 197 cm – Louis-Frédéric Schützenberger (1825-1903) – Musée des Beaux-Arts de Mulhouse – Coll. SIM ©Kempf

Documentation

  • François Bluche – L’Ancien régime. Institutions et société – Éditions de Fallois – Paris. 1993
  • Isabelle Ursch-Bernier – Négoce et Industrie à Mulhouse au XVIIIe siècle – Presses universitaires du Midi – Toulouse. 2008
  • Jean Bezon – Dictionnaire général des tissus anciens & modernes – Editions Hachette. 2013

liens

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bapt%C3%AAme

https://www.geneafrance.org/rubrique.php?page=bapteme

https://www.musee-impression.com/les-indiennes/

https://histoiresduniversites.wordpress.com/2021/10/07/bnus-lorient-mulhouse-lindienne/

https://www.etoffe.com/blog/2020/10/le-lampas-un-tissu-dexception/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Louis-Frédéric_Schutzenberger-L’Exode,_1872.jpg

 

Qu'en pensez-vous ?

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Pas encore de commentaires.