Un gilet à la mode

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En Alsace, au 18è siècle, la plupart des hommes ont adopté la mode française. Pour les plus fortunés, cela se traduit par des tenues dont le raffinement se veut d’un niveau égal à celui des élites parisiennes. Une recherche vestimentaire que nous révèlent les portraits de l’époque et les pièces textiles conservées par les collections muséales et celles de certains particuliers.

Des messieurs très ″fashion victime″

On s’imagine toujours que la mode est une affaire de femmes. Mais, de tous temps, ce sont les hommes qui ont été les plus soucieux de s’habiller selon la dernière mode.

Portrait de Jean-Henri Dollfus, bourgeois mulhousien, fondateur d’une des premières fabriques d’Indiennes de la ville de Mulhouse – MISE

Pas seulement par coquetterie. Le costume servant de vitrine sociale, un homme se doit d’incarner à travers sa tenue la place qu’il occupe dans la société.

Le pouvoir se conjuguant mal avec une tenue négligée ou pire, démodée, il lui faut donc se montrer dans des vêtements dont le luxe et la coupe sont au diapason de son statut social et de ses revenus, réels ou supposés.

Il n’en va pas de même pour les femmes. Hors des cercles aristocratiques, la mode féminine accuse souvent un temps de retard.

Une tendance qui s’explique par l’importance qu’elles accordent à certains éléments de prestige tels que la coiffe ou bien à ceux matérialisant le respect des convenances, comme par exemple le tablier. Éléments qui résistent aux mouvements de modes.

D’où des associations vestimentaires où se mêlent, à des degrés divers, mode ancienne et nouvelle.

Une veste sous un manteau

Le gilet masculin fourni un bon exemple des changements qui se sont opérés à partir du 17è siècle dans la mode masculine.

D’abord appelé “veste”, il se porte sous le “justaucorps”, sorte de long manteau à manches longues. L’ensemble descend jusqu’aux genoux, couvrant en partie la “culotte”, laquelle a succédé aux chausses.

Lire par ailleurs : la mode masculine du 17è au 18è siècle

Dans les premières années du 18è siècle, une inversion se produit, le mot “veste” venant peu à peu désigner le manteau de dessus.

La silhouette masculine du 17è siècle se caractérise par une “veste” longue portée sous le justaucorps – Didier Sandre jouant Louis XIV dans ″ l’Allée du Roi″ de Nina Campanez – 1995.

 

Jean Henri Eberts 1726-1793 – banquier et marchand d’art né à Strasbourg – portrait par Jakob Emanuel Handmann

 

Pour nommer le vêtement placé en dessous, c’est le mot “gilet” qui fait son apparition.

Un terme nouveau, né vers 1660, pour définir une sorte de camisole sans manches, portée dans les milieux populaires sur les pourtours de la Méditerranée.

Un gilet qui prend une place de plus en plus importante dans le vestiaire masculin, mis en valeur par l’ouverture plus large des vestes et l’emploi d’étoffes de luxe.

La création d’un standard

A partir des années 1770, le gilet se raccourcit considérablement, remontant sur le haut des cuisses en découvrant le haut de la culotte à pont.

Complété par la veste ouverte et la culotte découvrant les mollets, le gilet forme un ensemble que l’on nomme “habit à la française” , lequel va devenir pendant plus d’un siècle le standard de la mode masculine dans toute l’Europe.

Une composition vestimentaire adoptée par les hommes de toutes conditions sociales, la différence entre les diverses classes se faisant à travers la qualité des étoffes utilisées ou le degré d’usure des différents éléments du costume.

 

au 18è siècle, la tenue à la française est devenue la norme autant pour les hommes du peuple que pour les élites - Marchand ambulant à Bâle en 1749 - planche n° 48 extraite des Basslerische Ausruff Bilder.
Le costume populaire emprunte une allure identique à celle des milieux plus aisés, la qualité des textiles établissant la différence sociale – gravure extraite des Basslerische Ausruffbilder – 1749.

*Il n’est pas inutile de rappeler ici l’importance du processus de recyclage que subissaient les vêtements, une grande partie de la population s’habillant par l’intermédiaire des fripiers.

 

Jean Henri Mieg – Bourgeois mulhousien – Musée Historique Mulhouse.

Une mode raffinée

Les portraits des notables alsaciens témoignent de la généralisation de cette mode. Les tenues de l’aristocratie et la haute bourgeoisie rivalisent de faste, dans une recherche vestimentaire qui encourage la production de vêtements d’une grande qualité.

L’élite s’affiche dans des tenues raffinées, alliant étoffes luxueuses et magnifiques décors brodés. Vestes et gilet apparaissent rehaussés de motifs délicats, dessinant fleurs, palmettes ou rinceaux.

Diverses techniques de broderie sont employées (couché plat ou point de chaînette…). Elles associent fils de soie colorés et fine passementerie.

Broderies en fils de soie – Coll. Musée Historique Mulhouse
Fins motifs de fleurs brodées sur un gilet de la toute fin du 18è – Musée de Truchtersheim
Broderies au fil d’argent et petits sequins – Coll. Musée Historique Mulhouse
Fins motifs brodés au point de chaînette -Coll. Musée Historique Mulhouse.


Certains costumes présentent des broderies d’une extrême richesse. Elles apparaissent rehaussées de petits sequins et de verroterie, pour les tenues les plus remarquables.

Habit à la française – détail des motifs brodés – Musée Historique Strasbourg
Habit à la française – vers 1780 – Musée Historique Strasbourg.

Une évolution accélérée

Dans les deux dernières décennies du 18è siècle, la mode évolue à toute allure. Une accélération qui se reflète dans l’apparence de la veste et du gilet.

La veste prend une ligne plus épurée, préfigurant la redingote, en s’ouvrant largement sur le gilet. Celui-ci est taillé plus court et abandonne son allure évasée en supprimant les basques terminées en pointes sur les cotés ainsi que son ouverture en triangle sous le nombril .

Lire aussi: “Tous sur le pont, une histoire de braguette.”

 

Dans la dernière décennie du 18è siècle, le gilet se raccourcit sensiblement, perdant sa forme en triangle ouvert dans le bas.

 

Gilet d’homme vers 1780 – On remarquera sa forme caractéristique, ouverte en triangle en bas ainsi que les basques terminées en pointes sur les cotés.

 

Le gilet masculin tel qu’il se présente à la fin du 18è siècle, avec sa ligne droite et les poches remontées au-dessus de la ceinture. Un col haut lui a été réjouté.

Un changement d’allure qui oblige aussi à repenser la disposition des poches.   

Placées beaucoup plus haut, au -dessus de la ceinture, elles ne sont plus découpées en vague mais selon un format rectangulaire.

Pour les tailleurs, ces remaniements représentent un vrai casse-tête. Comment satisfaire des clients qui souhaitent être habillés selon la dernière mode lorsque celle-ci change si vite ? D’autant qu’entre le moment où elle se diffuse en province, son allure a déjà évolué dans les cercles parisiens où elle se décide…

Affaire à suivre …

 

 

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Documentation:

https://cnrtl.fr/etymologie/gilet

https://rochefortenhistoire.wordpress.com/2016/04/21/lhabit-classique-au-xviie-siecle

https://www.les-modes-au-fil-du-temps.com/Expo-mode-masculin-18eme-siecle_68.html

https://www.palaisgalliera.paris.fr/collections/les-collections-du-musee/xviie-xviiie-siecle/gilet-voltaire-et-rousseau

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