la jupe alsacienne – confection – 2

Posted on 0
Après les généralités sur les différentes erreurs à éviter dans l’aspect de la jupe, entrons dans le vif du sujet avec la partie purement couture de sa confection. Au programme: métrage, technique d’assemblage des plis canon et petit rappel historique sur la spécificité de ces plis.

Le métrage

La jupe est taillée de préférence dans une seule pièce de tissu, utilisée dans sa longueur. Le but étant d’éviter autant que possible les coutures intermédiaires. 

Le métrage idéal est de 3,50 m pour permette un bel effet lorsque l’on donne un mouvement tournant à la jupe. Lire dans le précédent article sur ce sujet, l’importance de préserver cette ampleur.

Elle sera très utile pour les personnes un peu fortes, une jupe moins large ne faisant qu’accentuer l’apparence du tour de taille.

*les indications qui vont être données pour la confection de la jupe correspondent à une taille ″moyenne″. Mais nous verrons plus loin que ce dimensionnement peut être facilement modifié, le tour de taille étant ajusté d’après la répartition des plis.

La qualité du tissu

L’épaisseur du tissu prend ici toute son importance. Il est en effet plus facile de former des lignes de plis bien ronds et réguliers avec un tissu épais qu’avec une étoffe trop fine.

Si celui-ci manque de densité, il est possible de replier le tissu sur une hauteur d’env. 5 à 8 cm.

Jupe ancienne dont le tissu a été replié pour donner de l’épaisseur aux plis  – Musée alsacien de Strasbourg.

L’autre solution consiste à ajouter une doublure (en coton ou lin) pour obtenir l’épaisseur requise.

 

Insertion d’un coton à carreaux pour doubler le tissu trop fin de la jupe –  Les jupes catholiques étaient souvent taillées dans des étoffes manquant d’épaisseur  – Musée de Saverne – Collection Doerflinger.

Choisir de préférence un tissu neutre pour éviter toute mauvaise surprise de décoloration sous l’effet de la transpiration. Il est par ailleurs conseillé de procéder à un surfilage d’ensemble de ces deux tissus avant de commencer à placer les points, afin de s’assurer de leur bonne cohésion.

 

Traçage des points

Les points sont réalisés à la main. Leur préparation demande patience et minutie. Elle peut sembler fastidieuse mais elle est essentielle pour obtenir un bon résultat final.

Tracer au préalable des traits sur le tissu avec une craie, en s’aidant d’un repère (papier de couture) ou d’une règle.

 

Il est également possible d’utiliser du papier quadrillé, de couture ou non, épinglé directement sur le tissu et de coudre les points au travers. Le papier sera retiré bien sûr avant de commencer à tirer sur les fils pour former les plis.

L’usage de la ruflette à rideaux n’est pas conseillé. Elle peut être acceptable si le tissu est vraiment trop fin. Sur une étoffe épaisse, l’effet ″tonneau″ sera garanti.

 

Un simple papier à petits carreaux peut faire l’affaire en l’absence de papier spécial couture.

La mise en place des points

Ceux-ci sont placés de manière régulière à la main, la première ligne commençant à 2 cm depuis le bord supérieur du tissu.

Pour éviter toute mauvaise surprise, il est conseillé de préparer une aiguillée de fil équivalente à la longueur du tissu.

Ne pas oublier de commencer les lignes de points à 30 cm depuis le coté droit du tissu. Et de les arrêter à 10 cm sur le coté gauche. (voir schéma en début d’article)

Si vous êtes gaucher(ère), vous pouvez travailler en sens inverse, le drap de laine étant normalement réversible.

*La qualité du fil est importante. Il doit être solide sans pour autant cisailler le tissu. (On évitera les fils cirés.) Une petite astuce consiste à frotter auparavant le fil sur du savon. Il glissera plus facilement dans le tissu, aussi bien en cousant qu’au moment de tirer dessus pour former les plis.

Plus de détail sur le montage des plis canon ici

Répartition des plis

Une fois les points en place, nouer ensemble, de manière provisoire, le départ des fils  d’un coté. Commencer à créer les plis en tirant doucement sur les fils. Le mouvement doit être fluide. (Attention à la casse !)

Travailler en déplaçant les plis par petites séries, au long des fils. Ne pas vouloir les mettre en place parfaitement dès le départ mais les répartir doucement sur toute la longueur désirée.

 

 

Leur répartition se fait d’une hanche à l’autre, en plaçant la partie plate de 30 cm sur le devant. Celle-ci viendra s’agrafer à gauche, sur la petite partie non plissée de 10 cm. (voir illustration.)

Pour plus d’explication sur cet agencement décalé, voir ici

Prendre la mesure du tour de taille pour s’en faire une première idée. Sachant qu’elle ne sera qu’indicative, l’épaisseur des plis devant être pris en considération par la suite.

Il est donc conseillé de procéder à quelques essayages directs sur la personne. Même si l’on s’aide d’un mannequin de couture, cet essayage est essentiel pour éviter de se retrouver avec un tour de taille trop serré. Ce qui est l’erreur la plus courante.

De manière générale, il vaut mieux prévoir un peu large. Ne jamais perdre de vue l’évolution éventuel de ce tour de taille !

Au cas d’excédent, il sera facile de le réduire en ajoutant un ou deux plis supplémentaires au moment de fixer la jupe au corselet.

Fixation des points

Une fois la circonférence de la jupe définitivement établie, fixer solidement le départ de chaque ligne de points.

(plus de détail à ce sujet sur la page : coudre les plis canon.)

Ne pas jeter l’excédant de fils ! Ceux-ci vont servir à broder des points de maintien sur l’envers des plis.

Un travail de sécurisation qui n’est pas inutile, rien n’étant plus embêtant (pour ne pas dire pire !) que de rattraper des plis canon dont les fils de maintien ont lâché.

Finitions

Il est préférable de ne pas encore refermer la jupe pour faciliter la fixation du corselet, ainsi que le travail d’insertion de la poche.

 

 

Utiliser l’excédent de fils pour coudre des points de maintien sur l’envers des plis afin d’assurer leur solidité.

***

La dérive des continents

L’attention est attirée sur les modifications apportées ces dernière années à l’aspect des plis canon.

Certaines versions modernes affichent des rangées de plis beaucoup trop hautes qui ne correspondent pas à ce que l’on peut observer sur les tenues anciennes.

Ancien costume catholique avec des lignes de plis de hauteur modeste – Musée de Haguenau.
Dans sa version modernisé, le costume alsacien présente une hauteur de plis qui ne correspond plus à la réalité historique.

 

Un changement voulu au départ par les danseuses qui désiraient affiner leur silhouette, par rapport à un costume qu’elles ne jugeaient pas assez seyant.

Mais au fil du temps, cette ″amélioration″, en apparence anodine, a pris des proportions de plus en plus marquées. Certaines jupes présentent actuellement des plis qui descendent de plus en plus bas sur les hanches. En contradiction complète avec l’apparence traditionnelle de la jupe.

Un costume hybride ?

Le costume dit ″alsacien″, tel qu’il est actuellement reconnu, est celui de la région du Kochersberg et du Pays de Hanau.

Sur les costumes anciens de ces deux régions, la hauteur des plis canon n’excède généralement pas trois à quatre centimètres de haut depuis la ceinture. Parfois même moins.

Ce qui correspond à deux ou trois rangs de fils de maintien. Rarement plus.

 

Une seule ligne de fils pour maintenir les plis de cette jupe ancienne – Coll. Particulière.

 

Jupe moderne dont les plis canon, en descendant sur les hanches, ne respectent plus la forme d’origine du costume.

Des plis qui ne leur sont pas spécifiques. Plus au nord, un autre costume alsacien, moins connu, en comporte également. C’est celui de l’Outre-Forêt.

Dans cette région proche du Palatinat allemand, les costumes traditionnels ont conservé des traits particuliers, hérités des modes des 17è et 18è siècles. Ils se caractérisent, entre autres, par des jupes très plissées, resserrée sur les hanches par un réseau de longs plis canon. (Histoire des plis canon)

Ces costumes, de part leur positionnement géographique, à l’écart des modes citadines, ont connu un schéma évolutif distinct. Au contraire des régions plus au sud où cette influence s’est davantage faite sentir. D’où une apparence simplifiée, dans le Kochersberg et le Pays de Hanau, avec des plis se limitant à une hauteur de quelques centimètres à partir de la taille.

Ce qui apparaît comme un détail sans grande importance, est pourtant essentiel pour préserver les identités de costumes bien différents

 

Costumes de Seebach pendant de la fête du Streisselhochzeit – ©. Céline Schnell.

 

On touche ici à l’une des problématiques de l’évolution du costume, la tentation étant grande de d’apporter parfois quelques “améliorations” pour satisfaire à l’esthétisme. Des aménagements qui semblent minimes mais qui, par touches successives, peuvent enlever toute vraisemblance à une tenue.

C’est là toute la difficulté de faire la distinction entre tenues folkloriques et costumes traditionnels, garder le cap étant parfois difficile.

 

 

__________________

Dernier épisode: la fixation du corselet, l’insertion de la poche, le doublage des ourlets, etc …

 

Qu'en pensez-vous ?

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pas encore de commentaires.