La coiffe alsacienne et ses secrets (2) Confection

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Il est fait comment le petit bonnet qui se cache sous le grand nœud ? Quelles sont ses dimensions et comment tient-il sur la tête ? Cet élément de la coiffe passe tellement inaperçu qu’il peut être difficile de répondre à ces questions. Patron et explications techniques servent ici de guide pour de nouvelles réalisations.

Un positionnement particulier

 

La coiffe alsacienne, c’est un ensemble, le ruban prenant appui sur le bonnet pour former le papillon caractéristique.

Elle se porte sur l’arrière de la tête pour permettre au grand nœud de se déployer bien droit au dessus, dans un positionnement vertical, les pans arrière descendant dans le dos et non pas sur les épaules. Le visage apparaît ainsi bien dégagé, offrant avec la coiffe un profil élégant.

 

D’où le rôle important du bonnet qui, bien qu’étant à peine visible, permet cet ancrage particulier.

 

Jeune fille de Berschtett – Début 20è siècle.
Fillette de Miestesheim.

Cette façon de porter la coiffe se remarque sur les clichés anciens, ainsi que les différences manières de placer les boucles du grand nœud, en fonction des appartenances villageoises. Tantôt derrière les oreilles ou au contraire, venant frôler les joues.

Une coiffe bien dimensionnée

 

Le bonnet qui soutient le ruban est de petite taille et n’englobe pas la totalité de la tête mais seulement sa partie arrière.

Les dimensions données ici pour sa confection pourront paraître réduites mais elles correspondent bien à la taille des coiffes anciennes.

Découpe

Patron pour un coté du bonnet. Les carreaux de la grille font 1 cm.

– En suivant le patron ci-contre, découper les différentes parties en prévoyant 1 cm supplémentaire sur le pourtour, pour les coutures.

*A noter que la broderie de la partie arrière du bonnet doit être réalisée avant ce découpage.

– Attention de respecter un espace de 2,5 cm dans la partie inférieure pour créer la coulisse où le lien de fermeture du bonnet sera ensuite placé.

– La doublure en lin ou sergé de coton est coupée en une seule partie, (sans séparation entre les parties avant et arrière). Prévoir également 2,5 cm de supplément dans la partie basse, pour la coulisse.

– Dans une feuille de papier, découper 2x la forme de la partie arrière du bonnet. Cette doublure de papier viendra renforcer le bonnet.

Montage

– Commencer par assembler les pièces avant et arrière de chaque face (couture centrale du patron.) Rabattre les coutures au fer à repasser en travaillant sur l’envers. * Penser à utiliser une pattemouillepour ne pas abîmer le tissu et les broderies.

– Réunir les deux faces (couture arrière). Glisser ensuite la doublure en papier au fond de chaque face en se servant des parties rabattues des coutures pour la maintenir en place.

– Coudre la doublure tissu et placer celle-ci à l’intérieur, en mettant les coutures du fond en vis-à-vis. Epingler pour garder ce positionnement en place et repasser. (Intercaler un tissu épais sous la pattemouille pour protéger les broderies du fond de coiffe).

– sur le bord avant (coté visage), retourner l’un contre l’autre, vers l’intérieur, le tissu extérieur et la doublure et coudre ensemble. Repasser.

* L’ensemble de ces coutures d’assemblage peut se faire à la machine car elles ne seront pas visibles par la suite.

Finition bord avant

– Recouvrir le bord avant du bonnet en cousant par-dessus un galon de velours noir de 2 cm de large, plié en deux (moitié à l’intérieur, moitié à l’extérieur). Coudre ce galon de préférence à la main.

Les gros points de couture noirs visibles sur la photo sont ceux du ruban damassé cousu sur la face extérieure du bonnet.

On voit ici que les anciennes couturières n’étaient pas toujours très sourcilleuses quant à la qualité des finitions !

Création de la coulisse

– Prendre ensemble le tissu extérieur et celui de la doublure et les rabattre vers l’intérieur du bonnet pour former un ourlet de 2 cm qui va servir de coulisse. Coudre à la main, si possible.

– Glisser le lien de fermeture à l’intérieur de cette coulisse à l’aide d’une épingle à nourrice. Ce lien doit être solide mais pas trop fin pour ne pas couper le tissu à l’usage. Un lacet à chaussures (non ciré) fait l’affaire. Compter env. 30cm de long pour pouvoir le nouer facilement sur l’arrière de la tête.

Un système extérieur

Certaines coiffes comportent un système de coulissage plus ancien, assez sophistiqué.

Il consiste à coudre un cordonnet sur le bord inférieur de la coiffe de manière à former des boucles régulières. Le lien de fermeture est glissé une première fois entre les boucles (Etape 1 du schéma) puis reglissé une seconde fois, en sens inverse, (Etape 2) de manière à ce que les deux extrémités du lien se rejoignent au milieu pour former le nœud de fermeture sur la nuque.

Une technique ancienne

Ce système de fermeture, avec coulisse extérieure, est caractéristique des coiffes les plus anciennes. La coulisse fermée n’apparaît qu’à la fin du 19è siècle, détail qui fourni par ailleurs un intéressant élément de datation des coiffes.

Les deux systèmes (coulisse extérieure ou fermée) sont aussi efficaces l’un que l’autre. Mais la coulisse extérieure est plus fragile à l’usage par les tensions et frottements qu’elle exerce sur le tissu et le lien de fermeture.

Le détail en plus

Certaines coiffes comportent un petit bouton, placé de façon stratégique juste au-dessus de la coulisse, à l’intérieur du bonnet. Une fois la coiffe nouée, le nœud de fermeture est glissé par-dessus ce bouton. Ce qui permet de l’escamoter discrètement.

Le décor du bandeau

La partie avant du bonnet est recouverte d’un large ruban damassé, de couleur noire. Fréquemment utilisé sur les bonnets anciens de la dernière partie du 19è siècle, il est par la suite de plus en plus souvent remplacé par une bordure en chenillette de velours.

 

Il existe des exemples plus rares de motifs réalisés en verroteries ou pierres de jais (?).

 

La fixation du grand nœud

Les plis du grand ruban de soie sont maintenus sur le bonnet par deux petites brides de fixation cousues, l’une sur la partie haute, l’autre sur l’arrière, juste au-dessus de la coulisse. Chacune est munie d’un petit crochet se rattachant à un petit anneau. Ces deux boucles n’ont pas la même dissension. Celle du haut est plus large pour retenir les boucles croisées du grand nœud.

Elle est placée au milieu du bonnet, à la limite du bandeau décoratif recouvrant la partie avant.

 

Détail de la bride de fixation supérieure.

Le maintien du bonnet

La coiffe, comme vue précédemment, vient se placer sur le haut de la tête pour permettre au ruban de se déployer bien droit. Position d’où elle a tendance à glisser vers l’arrière. Surtout si les cheveux sont fraîchement lavés.

Certaines coiffes anciennes comportent des brides à l’intérieur du bonnet. Elles permettaient d’y passer des épingles à cheveux pour mieux retenir la coiffe.

 

De nos jours, cela ne suffit pas toujours. Pour assurer un bon maintien à la coiffe, on peut ajouter un petit peigne à l’intérieur du bonnet.

Il sera cousu un peu en retrait de la bordure, pour ne pas être visible à l’extérieur. Complété par deux ou trois pinces à cheveux sur les cotés, cet petit accommodement garantira la tenue de la coiffe, même par grand vent !

 

Non, la coiffe ne s’attache pas sous le menton !

 

Il n’est pas inutile de rappeler ici que le lien de fermeture de la coiffe n’est pas fait pour être noué sur l’avant. Cette erreur s’observe très souvent chez des personnes qui louent un costume et qui ne savent pas comment le porter. C’est parfaitement inesthétique et plutôt inconfortable.

Sans parler du fait que cela ne correspond à aucune tradition.

 

On rejoint là l’habitude de considérer le costume alsacien davantage comme un déguisement qu’une tenue spécifique avec des codes à respecter. Notion qui a encore du mal à faire son chemin, comme on peut régulièrement le constater lors des diverses fêtes et manifestations locales.

 

 

 

 

 

Fin de la partie n°2.

Remerciements

à la Maison du Kochersberg – Musée de Truchtersheim et à ses bénévoles Mr et Mme Burger

Références

Le livre d’heures des coiffes d’Alsace – Marguerite Doerflinger – Editions Oberlin – Strasbourg 1981

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